Au bord du fleuve

Rivière La Baïse à Condom, France.Chaque projet d’écriture, qu’il s’agisse de rédaction, révision ou traduction est un fleuve pas tranquille. Au risque de tordre le mot, on dirait même intranquille.

Singulier, il dessine sa propre trajectoire, impose ses méandres et donne le sens de ses courants, la direction de ses mouvements, jusqu’à l’estuaire.

En eau calme, s’il peut donner l’impression de sommeiller, il ne dort jamais vraiment. Même le plus patient des fleuves a ses rapides. À son plus bas, si ce n’est à l’étiage, il peut encore connaître sa plus grande crue. « La rivière semble dormir, mais il lui arrive de sortir de son lit », a dit un certain Brunetto Latini.

En eau trouble, ou perdu dans la brume des mots complexes et des phrases en quête d’épaisseur finalement devenues trop denses, il laisse celui qui l’emprunte à la dérive tel le bois flottant au vent mauvais.

Si le fleuve voyage rarement au fil de l’eau, il sait prendre son temps. Plus que la cadence, c’est la distance qu’il faut tenir lorsqu’il est question d’écrire.

Même tout tracé, le fleuve reste imprévisible. Il se dévoile à chaque tournant, se réinvente parfois. Le fleuve raconte une histoire au long cours où le tumulte en surface cache souvent un ordre immergé.

Le fleuve, c’est l’eau qui trouve sa place parmi les éléments, c’est l’eau qui s’adapte à son environnement, nourri par sa source et ses affluents.

En détournant une citation célèbre, nous dirions que chaque contenu doit être liquide, aussi fluide et déformable que l’eau :

  • mettez de l’eau dans une tasse, elle devient la tasse ;
  • mettez de l’eau dans une bouteille, elle devient la bouteille ;
  • mettez de l’eau dans une théière, elle devient la théière ;
  • mettez-en dans un fleuve…

L’eau du fleuve, c’est l’encre dont il serait l’encrier, le reflet, miroir de vos valeurs, et la couleur de votre communication écrite.

Crédit photo : © Laurent Van Brussel